La théorie de l'évolution validée expérimentalement  (Sciences) posté le vendredi 27 juin 2008 11:45

Des chercheurs de l'unité " Plasticité et expression des génomes microbiens "ont effectué l'analyse moléculaire de la variation génétique de lignées de la bactérie Escherichia coli. Ils disposent aujourd'hui, grâce à une équipe du Michigan State University, d'une collection bactérienne de type paléontologique qui retrace des phénomènes d'adaptation à une contrainte environnementale. Ce premier résultat génomique dans une bactérie dont la séquence complète est connue, ouvre la voie à une nouvelle approche des sciences de l'évolution qui pour l'instant est centrée sur une bactérie à croissance rapide. On peut en mesurer la portée en calculant qu'une expérience comparable prendrait 1 500 ans avec la drosophile, et plus de 400 000 ans chez l'homme. Ces travaux accréditent la réitération d'événements de sélection darwinienne comme processus d'évolution.

 

Lancée il y a un peu plus de dix ans, la collection des 12 lignées de R. Lenski est propagée à raison de 6,6 générations par jour. Plusieurs centaines d'échantillons, y compris l'ancêtre, ont été congelés dans le glycérol à - 80°C. Il s'agit bien d'une expérience d'évolution expérimentale puisque les bactéries sont perpétuées dans un milieu légèrement carencé en glucose de manière à favoriser l'émergence de clones plus compétitifs.

Les compétitions entre ancêtre réanimé et individus évolués ont montré dans des travaux antérieurs une augmentation de la valeur sélective (ou fitness) de 1 à 1,4 dans les premières 2 000 générations et une augmentation plus lente ensuite (1,7 aujourd'hui). Trois des lignées sont devenues mutatrices (taux de mutations ponctuelles élevé). Le séquençage systématique de plusieurs gènes considérés comme des cibles potentielles de l'adaptation à la carence en glucose a révélé une évolution génique proche de zéro. Les chercheurs français viennent d'analyser le polymorphisme de longueur de fragments de restriction en hybridant avec des séquences d'insertion (RFLP-IS). Ces éléments transposables (ou gènes sauteurs) permettent de suivre la dynamique du génome en produisant des mutations qui deviennent des empreintes génétiques spécifiques. On peut suivre sans ambiguïté avérée l'évolution des individus portant ces empreintes et de leurs descendants.

De cette étude émergent trois résultats majeurs :

  • La sélection périodique d'individus génétiquement plus aptes purge les lignées des ancêtres et autres individus moins compétitifs. Le RFLP-IS marque bien l'évolution des génomes.
  • L'évolution du génome continue d'augmenter significativement après 5 000 générations alors que l'amélioration de la compétitivité s'amoindrit suggérant que les séquences d'insertion (IS) pourraient accumuler des mutations " inutiles ".
  • Quelques individus pivots montrent des réarrangements génomiques qui restent associés à la compétitivité des descendants, suggérant une association génétique très étroite entre IS et mutations favorisantes.

 

Les génomes bactériens évoluent donc continuellement en s'adaptant à leur environnement. Les mutations qui sont retenues par la sélection naturelle dans ces expériences semblent relever davantage de réarrangements génomiques que de mutations géniques (qui sont toutefois difficiles à mettre en évidence). Enfin les éléments IS pourraient avoir un rôle moteur dans la promotion de mutations favorables. L'objectif poursuivi maintenant est d'identifier la nature des mutations IS dans les individus pivots, puis de les réintroduire chez l'ancêtre pour en mesurer l'effet sélectif.

L'analyse du génome des individus évolués jusqu'à la génération 10 000 par rapport à leur ancêtre a permis de mettre en évidence des renouvellements de la structure génétique des populations qui correspondent à l'apparition puis la fixation de mutants favorisés génétiquement qui éliminent leurs ancêtres. Cela produit un arbre évolutif avec un tronc majeur partant de l'ancêtre, des branches qui disparaissent, et quelques individus " pivots " dont les propriétés génomiques sont acquises par l'ensemble des descendants.

 

Une des grandes originalités du modèle est que les bactéries de chaque période de temps sont congelées, et qu'elles peuvent être réanimées, y compris l'ancêtre fossile, pour être mises en compétition.

A noter que ces travaux ont été initiés dans un programme de recherche sur la Biodiversité en Suisse et soutenus par une ATIPE de Microbiologie du CNRS et un financement complémentaire du CEA. Une action thématique incitative sur programme et équipe (ATIPE) est une action de soutien financier apporté à un jeune chercheur pour la création et le développement d'une équipe de recherche

*CNRS-Université Grenoble 1 (Université Joseph Fourier) - Institut Universitaire de France.

** L'équipe de Richard Lenski du Michigan State University propage des lignées de la bactérie
Escherichia coli depuis plus de 22 000 générations.

Sources : http://www.cnrs.org/Cnrspresse/n375a4.htm

 

 

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